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PLF 2027 : CPF, VAE, alternance… ce que le projet de loi de finances pourrait changer pour la formation professionnelle

il y a 17 heures
7 min de lecture

Participation CPF majorée, exonérations revues, portail France VAE confié à la Caisse des dépôts, plateforme unique pour les contrats en alternance, nouveau fonds de soutien aux CFA : deux articles du projet de loi de finances pour 2027 redessinent plusieurs pans de la formation professionnelle. Nous les avons décryptés pour vous.


Les articles 88 et 89 du PLF 2027 concernent directement les organismes de formation, les CFA, les certificateurs et les titulaires du CPF. L'article 88 porte sur l'évolution des missions de France compétences et la création d'une plateforme numérique pour les contrats d'apprentissage et de professionnalisation. L'article 89 renforce la participation des titulaires au financement de leur formation via le CPF et modifie le cadre de la VAE.


Un texte au stade du projet. Tout ce qui suit reste conditionnel : le texte peut être amendé pendant la discussion parlementaire, et de nombreuses mesures renvoient à des décrets et arrêtés qui ne sont pas encore parus.


CPF : une participation qui pourrait être majorée, et rétroactivement

Depuis la loi de finances pour 2023, le titulaire participe au financement de sa formation CPF. Aujourd'hui, cette participation (reste à charge) n'est due ni par les demandeurs d'emploi, ni lorsque l'employeur abonde le compte (article L.6323-7 du Code du travail). Le PLF 2027 revoit ces exonérations et crée un second étage : une majoration de la participation.


Des exonérations redessinées :

Situation

Aujourd'hui

Avec le PLF 2027

Demandeurs d'emploi

Exonérés, quelle que soit la formation

Exonérés seulement pour la VAE, les formations du DIF des élus locaux et les certifications menant à des métiers en tension ou à des secteurs prioritaires

Formation cofinancée

Exonération si l'employeur abonde

Exonération si un tiers apporte un financement au moins égal à la participation : employeur, OPCO, région, France Travail, Agefiph, FAF, organisme consulaire, Unédic…

Travailleurs en ESAT

Pas d'exonération spécifique

Exonérés

Deux nouveautés méritent l'attention. La liste des cofinanceurs exonérants s'élargit nettement. Mais l'exonération supposerait un financement au moins égal au montant de la participation : un abondement symbolique ne suffirait plus.


Une majoration hors formations « prioritaires »

Hors demandeurs d'emploi, la participation serait majorée lorsque la formation ne relève d'aucun de ces quatre cas :

  1. un cofinancement de l'État ou d'une collectivité territoriale (autre que la région) au moins égal à la participation ;

  2. une VAE, un bilan de compétences ou une formation financée par le DIF des élus ;

  3. une formation suivie dans le cadre d'un projet de transition professionnelle ;

  4. une certification menant directement à un métier en tension ou relevant d'un secteur prioritaire (défense, industrie, souveraineté alimentaire, transition écologique, numérique, médico-social), cohérente avec le projet professionnel du titulaire.


Le montant de la majoration n'est pas fixé par la loi : il relèverait d'un décret en Conseil d'État. Les critères des métiers en tension et des secteurs prioritaires seraient définis par décret, et la liste des certifications retenues fixée par arrêté.



Une application au 1er octobre 2026

Pour « limiter les effets d'aubaine » liés à l'anticipation des achats de formation, le Gouvernement prévoit que ces règles s'appliquent aux demandes de souscription intervenues à compter du 1er octobre 2026, soit avant même l'adoption de la loi. Seule la condition de cohérence avec le projet professionnel entrerait en vigueur au 1er janvier 2028.


CPF : le titulaire devra étayer son projet professionnel

Le Gouvernement veut faire passer le CPF d'une logique de financement d'une formation à une logique d'accompagnement du projet professionnel. Le texte prévoit que le titulaire renseigne son projet sur le service dématérialisé du CPF.

L'exposé des motifs précise le dispositif envisagé. Un questionnaire de préparation interrogerait le titulaire sur ses objectifs de la formation en lien avec son projet professionnel. Ensuite, deux possibilités :

  • Projet construit et ciblé (métier en tension, secteur stratégique, cofinancement ou transition professionnelle) : le titulaire mobiliserait son CPF « comme aujourd'hui », sans démarche supplémentaire.

  • Projet à préciser : le titulaire pourrait être orienté vers un conseil en évolution professionnelle (CEP), ou mobiliser directement son CPF en acquittant une participation plus élevée.



VAE : France VAE confiée à la Caisse des dépôts

Selon l'exposé des motifs, la plateforme France VAE a fait passer le nombre de dossiers de 40 000 en 2020 à 80 000 estimés en 2026. Mais son portage reste fragile : le groupement d'intérêt public prévu n'a jamais été constitué, et la plateforme est gérée par la DGEFP via un marché. Le PLF 2027 propose donc de la transférer à la Caisse des dépôts et consignations (CDC).


Le texte va au-delà de ce simple transfert :

  • Un portail géré par la CDC pour le compte de l'État : information du public, démarches en ligne, référencement des organismes pouvant proposer des actions de VAE et suivi statistique des parcours. La CDC pourrait aussi conclure des conventions pour financer ou promouvoir la VAE.

  • Un service public élargi : les ministères et organismes certificateurs figureraient explicitement parmi les acteurs du service public de la VAE, aux côtés de l'État, des régions, de la CDC, de France Travail, des OPCO et des CPIR.

  • Des frais de jurys plafonnés : ils seraient fixés par les certificateurs, dans la limite de plafonds définis par décret selon le niveau de la certification et les modalités d'évaluation.

  • Des données interconnectées : un décret en Conseil d'État encadrerait le traitement des données, le référencement et le contrôle des organismes, l'intégration des certifications sur le portail et l'interconnexion avec le système d'information du CPF.


Pour les certificateurs, la fixation des frais de jurys dans des plafonds réglementaires pourrait imposer de revoir leurs tarifs.


Alternance : une plateforme unique pour les contrats

Aujourd'hui, le contrat d'apprentissage est déposé auprès de l'opérateur de compétences. Avec le PLF 2027, il serait déposé sur une plateforme numérique nationale, et le contrat de professionnalisation transmis par son intermédiaire.


Le texte assigne deux finalités à cette plateforme : la mutualisation des contrôles réalisés par les OPCO et la prévention de la fraude, en lien avec le ministère chargé de la formation professionnelle. L'exposé des motifs y ajoute un objectif de simplification : le portail deviendrait « le point d'entrée unique » pour les démarches administratives liées à ces contrats.


CFA, employeurs et organismes dispensant des contrats de professionnalisation devraient donc s'adapter à un nouveau circuit, avec des données croisées entre financeurs. La qualité et la cohérence des informations transmises prendraient encore plus d'importance. La date d'entrée en vigueur serait fixée par décret, au plus tard le 31 octobre 2027. L'extrait ne désigne pas le gestionnaire de la plateforme.


Financement des CFA : un fonds ciblé remplace les circuits régionaux

L'article 88 réorganise les financements versés par France compétences autour d'une logique ciblée.

  • Création d'un fonds national de soutien aux CFA. Piloté par l'État et abondé par France compétences dans la limite d'un montant fixé chaque année par son conseil d'administration, il viserait les CFA en difficulté financière ou intervenant dans un secteur prioritaire. Les critères d'éligibilité et les modalités d'attribution relèveraient d'un décret.

  • Fin des pactes régionaux d'investissement dans les compétences (PRIC). Aucun nouvel engagement après le 31 décembre 2026, sans remise en cause des sommes dues aux régions au titre des engagements antérieurs. L'exposé des motifs s'appuie sur un rapport 2025 de la Cour des comptes, qui chiffre leur effet de levier à seulement +13,8 % sur les dépenses de formation des régions.

  • Suppression des enveloppes régionales de fonctionnement et d'investissement des CFA, qui ne représentaient plus que 33 millions d'euros en 2026. Les régions pourraient toujours financer les CFA sur leurs ressources propres.

L'enjeu budgétaire est assumé. Selon l'exposé des motifs, les mesures de l'article 88 et la réforme du CPF permettraient à France compétences de réduire ses dépenses de 667 millions d'euros en 2027, dont 350 millions au titre du CPF. L'État ne verserait alors aucune dotation à l'opérateur en 2027.


Qui serait concerné ?

Les impacts ci-dessous constituent notre lecture du projet ; ils seront à affiner selon le texte adopté et ses décrets d'application.

Acteur

Ce qui pourrait changer

Organismes de formation

Demande CPF susceptible de se reporter vers les certifications « prioritaires » ; cofinancements à rechercher ; débouchés à documenter ; transmission des contrats de professionnalisation via la plateforme

CFA

Dépôt des contrats sur la plateforme nationale ; fin des enveloppes régionales ; accès possible au fonds national de soutien

Certificateurs

Enjeu d'inscription sur la liste « métiers en tension / secteurs prioritaires » ; frais de jurys VAE plafonnés

Titulaires salariés

Reste à charge potentiellement majoré ; projet professionnel à renseigner ; orientation possible vers un CEP

Demandeurs d'emploi

Fin de l'exonération générale ; jamais de majoration

Employeurs et financeurs

Un abondement au moins égal à la participation neutraliserait le reste à charge ; démarches alternance centralisées

Travailleurs en ESAT

Nouvelle exonération de la participation

Calendrier et textes attendus

Si le texte est adopté en l'état, les mesures s'échelonneraient d'octobre 2026 à janvier 2028.

Date

Mesure

1er octobre 2026

CPF : nouvelles règles d'exonération et de majoration, pour les souscriptions à compter de cette date

31 décembre 2026

Fin des nouveaux engagements au titre des PRIC

1er mai 2027 au plus tard

VAE : portail CDC, frais de jurys, accompagnement modulable (date fixée par décret)

31 octobre 2027 au plus tard

Plateforme nationale des contrats en alternance (date fixée par décret)

1er janvier 2028

CPF : prise en compte de la cohérence avec le projet professionnel

De nombreux textes d'application resteraient à paraître : le montant de la majoration et les modalités CPF, les critères et la liste des certifications prioritaires, les plafonds des frais de jurys, les règles de référencement VAE, les conditions de la plateforme et le fonctionnement du fonds de soutien aux CFA.


Ce qu'il faut retenir

Le PLF 2027 confirme une tendance de fond : un CPF plus orienté vers l'emploi, des dispositifs recentrés sur les besoins prioritaires et des contrôles renforcés grâce à la centralisation des données. Pour les organismes de formation, les CFA et les certificateurs, c'est le moment d'anticiper : positionnement de l'offre, recherche de cofinancements, tarification des jurys, préparation aux nouveaux circuits numériques.


Nous suivrons l'évolution du texte pendant le débat parlementaire et la parution des décrets.


Téléchargez notre synthèse en PDF : PLF 2027 – Articles 88 et 89 : synthèse volet formation


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